L'Aulne maritime au gré des marées

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A la découverte de l'Aulne maritime

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A la découverte de l'Aulne maritime

PORT DE PORT-LAUNAY

Colorisation et restitution approximative par IA d'une carte postale ancienne de Port-Launay

Port & Canal
Ecluse Guily Glaz
Viaduc de l'Aulne

HISTOIRE DU PORT

Port-Launay, situé sur la rive droite de l’Aulne, à environ trois kilomètres en aval de Châteaulin et à une trentaine de kilomètres de l’embouchure de l’Aulne dans la rade de Brest, est au XIXᵉ siècle un petit port fluvio-maritime dont le développement sera étroitement lié à l’aménagement de l’Aulne et au canal de Nantes à Brest.

Au début du XIXᵉ siècle, Port-Launay n’est encore qu’une simple crique d’échouage, sans véritable infrastructure portuaire. Quelques maisons, principalement occupées par des bateliers, bordent le rivage. Le port ne peut accueillir les bâtiments d’un certain tonnage qu’aux grandes marées. Il dépend alors administrativement de Châteaulin, avant de devenir ultérieurement une commune distincte.

D’un port d’échouage au bassin à flot …

À partir de 1803 est engagée la construction de quais sur la rive droite. Ces travaux, achevés en 1827, donnent au port une véritable physionomie maritime. Les quais atteignent 625 mètres de longueur et comprennent quatre cales de débarquement, organisées de manière alternée pour faciliter les opérations de chargement et de déchargement. Dans le même temps, la rectification de la grande route de Quimper à Landerneau, devenue route nationale n°170 le long de la rivière, renforce la position de Port-Launay en le plaçant sur un axe de circulation terrestre important.

Le rôle du port s’accroît avec les travaux liés au canal de Nantes à Brest, des aménagements majeurs sont réalisés pour améliorer la navigation. En 1814, l’écluse n°1 est construite en amont du bourg (devant l'ex-restaurant le Bon Accueil ; là oû actuellement deux balises vertes marquent le chenal de navigation). Sa première pierre - posée le 7 septembre 1811 - marquera le début du chantier du canal de Nantes à Brest. Toutefois le positionnement de l'écluse est inadapté pour permettre à Port-Launay de se développer car la fréquentation du port et des quais reste tributaire des marées. Le bassin à flot actuel n’existera qu’en 1867 lors de la construction du barrage et de l’écluse de Guily Glaz, inaugurée en 1868. Elle deviendra l’écluse n°1 en se substituant à la précédente qui sera déconstruite. Ces ouvrages transforment la portion de rivière comprise entre Guily-Glas et l’écluse de Châteaulin en bassin à flot. Cette transformation constitue une étape essentielle : Port-Launay cesse d’être seulement un port soumis à l’échouage et devient accessible même aux marées de mortes-eaux.

Le bassin offre désormais aux navires un mouillage plus sûr, avec une profondeur normale d’environ 3,20 mètres jusqu’à Châteaulin. Les bâtiments peuvent stationner à quai dans de bonnes conditions, protégés en fond de vallée contre la plupart des vents. Seules les crues exceptionnelles du canal constituent un réel danger, en raison de courants parfois très violents obligeant les navires à renforcer leurs amarres.

La raison d’être du canal …

L’histoire de Port-Launay ne comporte pas d’événement marquant, mais le port joue un rôle stratégique pendant les guerres du Premier Empire contre l’Angleterre. Afin d’éviter les vaisseaux britanniques qui surveillent l’entrée de la rade de Brest, une partie de l’approvisionnement du port militaire de Brest passe par l’intérieur des terres. Les marchandises sont acheminées par roulage jusqu’à Port-Launay, stockées dans un magasin de la Marine ou sur les terrains attenants, puis transportées par navires jusqu’à Brest.

Cette fonction stratégique explique en partie l’intérêt porté à la création du canal de Nantes à Brest. Les premières études sont lancées vers 1805 dans la perspective d’une nouvelle guerre maritime, même si la construction effective intervient plus tard, entre 1811 et 1842. La liaison de Nantes à Brest pris réellement tout son sens lorsqu'en 1860, la Marine impériale fit construire 62 péniches pour transporter la houille de Nantes à Brest pour fournir les navires de la Marine basés à Brest.

Port-Launay, 3ème port commercial du Finistère en 1880 ...

Grâce à cette voie navigable, Port-Launay connaît au XIXᵉ siècle un développement rapide de son trafic avec les ardoisières du bassin de l'Aulne. Il acquiert une place notable parmi les ports du Finistère après Brest et Morlaix. Le canal constitue un vecteur de flux commerciaux et contribue au désenclavement du centre Bretagne. Il sera concurrencé par le développement du rail mais c'est surtout l'interruption de la liaison fluviale entre Nantes et Brest en 1928 - par la construction du barrage de Guerlédan - qui amplifiera le déclin de l'activité portuaire.

Source : Ports maritimes de la France - Tome quatrième - D'Ouessant au Pouliguen / Ministère des travaux publics - BnF / Gallica - gallica.bnf.fr - cote ark:/12148/bpt6k1092861q lien

Carte postale Le Doaré - coll. RC
Carte postale Le Doaré - coll. RC

Cartes de la vallée de l'Aulne de Port-Launay à Châteaulin avant et après la canalisation

Carte de l'Aulne de Port-Launay à Châteaulin vers 1800 avant le canal

Source : Archives du Finistère - extrait cote 49J 1013 10
Carte du projet de canalisation de l'Aulne de Guily-Glaz à Toul Ar Rodo en amont de Châteaulin vers 1808

Source : Archives du Finistère - cote 49J 1013 07

Carte du projet de canalisation de l'Aulne à Port-Launay avec l'emplacement projeté de l'écluse n°1 en 1806
L'Aulne est visible dans son état naturel - Source : Archives du Finistère - cote 49J 1013 10

Carte du canal dans sa version contemporaine de l'écluse de Guily Glaz à Port-Launay en 1879

L'écluse n°1 est devenue celle de Guily Glaz, la précédente a été déconstruite. Un seul bief s'étend jusqu'à Châteaulin - Source : Atlas des ports de France - Collection RC

PORT DE PORT-LAUNAY

Aménagements portuaires
Au début du XIXème siècle, Port-Launay n’était pourvu d’aucun ouvrage maritime et présentait l’aspect d’une simple crique, bordée de maisons. C’était un port d’échouage, qui n’était accessible aux bâtiments d’un certain tonnage que pendant les marées de fort coefficient.

La construction des quais fut entreprise entre 1803 et 1827. Ils sont aménagés sur une longueur de 600 mètres, comprenant quatre cales de débarquement, inclinées alternativement en sens inverse et ayant chacune 25 mètres de longueur sur 5 mètres de large.

Plus tard, des travaux complémentaires du port ont été réalisés dans le cadre du canal de Nantes à Brest. Il s’agit de la construction de l’écluse de Guily Glaz terminée en 1867 avec son déversoir, pertuis et maison d’éclusier qui permis de créer un bassin à flot jusqu’à Châteaulin, sur une longueur de près de 4 km. L'écluse n°1 du canal construite en 1814 fut déconstruite.

Plan du centre de Port-Launay avant les aménagements portuaires - 6 sept. An VI (1798) - P. Loriot

Extrait du plan de la basse route de Châteaulin à Port-Launay - Source : Archives du Finistère - extrait cote 49J 1017 82

Plan des quais du centre de Port-Launay

Source : Archives du Finistère - cote 49J 1019 45

Profil des quais de Port-Launay

Source : Archives du Finistère - cote 49J 1019 46

Plan des quais du centre de Port-Launay

Source : Archives du Finistère - cote 49J 1015 1

Carte postale Le Doaré - coll. RC
Carte postale Le Doaré - coll. RC
Activité portuaire de Port-Launay
Extraits des Annales de Bretagne de 1944, publiées par la Faculté des Lettres de Rennes, article rédigé par Suzanne Nicolas - source : Archives du Finistère - cote et autres sources contemporaines.

La croissance de Port-Launay et son activité datent de la fin du XVIII ème siècle, époque à laquelle le Conseil du roi Louis XVI s’occupa de l’aménagement des petits ports bretons : Audierne, Douarnenez, Morlaix, Port-Launay. Les vents étaient très favorables à la navigation à voile depuis la rade de Brest jusqu'à Port-Launay.

Dès 1760, les navires viennent nombreux prendre des chargements d’ardoises. La carrière de Guily-Glaz, située à 1 kilomètre en aval, fournissait des ardoises de très bonne qualité. Cette exploitation occasionna l’afflux d’une main-d’œuvre qualifiée des Ardennes et marqua les débuts de la prospérité : d’anciens ouvriers carriers se firent bateliers, de gros commerçants armateurs consolidèrent de rapides fortunes. Les bords de l’Aulne à cet endroit se couvrirent d’ardoises taillées prêtes pour l’expédition.

Le port qui à l’époque de la révolution n’était pourvu d’aucun ouvrage maritime, mais formait un port d’échouage, est bordé de quais dès 1803. Les commerçants aisés y construisent de solides maisons de pierres, ... L’essor de Port-Launay va s’accroître jusqu’à la fin du XIX ème siècle. La difficulté des communications dans un pays surtout agricole augmente le trafic par bateau ; on importe des engrais, du sel, du bois, on exporte l’ardoise et les produits agricoles ; l’ardoise est embarquée pour la Normandie, la Cornouaille anglaise et même l’Amérique.

La construction du canal de Nantes à Brest, exécutée de 1822 à 1830, développa encore l’importance du port et son trafic. On améliora les routes ; le port fut doté de quais. Port-Launay est, dès lors, un centre d’exportation des produits de la région et de diffusion des marchandises importées : en 1833, il y est entré 474 navires, dont 20 appartiennent au port. On y vient de partout par roulage chercher les vins, la résine, la chaux, le savon, le sel, les cendres lessivées; on exporte des bois, des céréales, du beurre; les ardoisières ouvertes le long de la vallée, en amont, à Pont-Coblant, Châteauneuf-du-Faou, expédient leurs produits par chalands à Port-Launay. Ce commerce amène l’établissement d’industries; on crée sur place des scieries pour débiter les bois du Nord, même une scierie pour le marbre que les goélettes apportent d’Italie. Le commerce est très actif et s’effectue aussi jusqu’à Bordeaux et Rouen. La population augmente (700 habitants en 1835), et Port-Launay est érigé en commune. Elle possède plusieurs chantiers de construction de navires, pour la navigation du canal et pour le petit et grand cabotage; il s’y fait quelque armement au long cours, des fournitures pour le port de Brest ajoutent au mouvement industriel et l’on y remarque deux fours à chaux ainsi que trois moulins à blé et une briquetterie.

En 1857, Napoléon III inaugure la nouvelle écluse de Guily-Glaz ; un bassin à flot est créé.

La population atteint 1.000 habitants en 1880. La construction du chemin de fer Quimper-Brest n’affaiblit pas le commerce. On charge encore dans le bassin les ardoises de Châteauneuf-du-Faou et de Pleyben, venues par le canal. Cependant le fret se réduit de plus en plus, les importations dépassent de beaucoup les exportations.

En 1907, il entre 859 navires apportant 18.061 tonnes, il en sort 856, chargés seulement de 4.666 tonnes. Malgré la concurrence de la route, de la voie ferrée, le commerce va se maintenir jusqu’en 1920. Au début du XX ème siècle les éclusées moyennes le long du canal étaient de 30 à 40 bateaux par jour. Les phosphates, les ardoises, le charbon et la ferraille qui alimentaient les forges d'Hennebont formaient les principaux éléments du trafic, avec des bateaux lourds chargés de blé, de chaux, de poteries.

La construction de la ligne de chemin de fer Carhaix-Crozon en 1906, le développement progressif des transports ralentirent cette cadence et diminuèrent le commerce de Port-Launay jusqu’au 15 octobre 1928 où, par suite de la construction du barrage de Guerlédan, toute communication fut supprimée entre les deux parties du canal. La plupart des bateliers se retirèrent à l’est ; ceux du Port-Launay restèrent à l’ouest avec l’espoir de voir se réaliser le projet d’ascenseur au barrage de Guerlédan (projet qui n’aboutira pas). Quelques rares chalands font le service de Brest à Port-Launay (commerce du vin) ; un cargo bordelais remonte l’Aulne de temps en temps chargé de bois et de ciments et repart avec un chargement de blé et de pommes de terre.

La route du sable ... L’activité est surtout concentrée autour du commerce du sable (20 bateaux environ par jour, sloop ou dundee). Le trafic moyen est de 150 à 200 tonnes par jour. Ce sable dragué dans la rade de Brest est un amendement apprécié et recherché des cultivateurs pendant les beaux jours de l’été, le petit port reprend ainsi son animation d’autrefois quand camions et charrettes se rangent le long du quai pour charger le précieux amendement ; mais c’est le seul commerce important. La population décroît rapidement.

La navigation commerciale après la 2nd guerre mondiale s'est concentrée très marginalement sur l'acheminement du sable à Port-Launay - notamment via la Fée de l'Aulne et la gabare Notre-Dame de Rumengol dans les années 1970-80 puis plus tard à Saint Ségal en aval de l'écluse avec le Penfoul. Ce dernier sablier, construit en 1969, avait une capacité de 250 m3 et se consacrait à l'extraction du sable dans la rade de Brest, sur une concession située au Minou. La suspension d'extraction a entrainé la démolition du navire à Brest en octobre 2011.

Progressivement Port-Launay s'est orienté vers la plaisance et le tourisme. Depuis peu, il a obtenu le label "Pavillon bleu", gage de tourisme durable pour son port fluvio-maritime. Des initiatives associatives animent le port et le canal (Fêtes communales, Route du Sable, Route de l'Ardoise, Chantier naval de l'Aulne, ...).

Carte postale coll. RC
Carte postale Le Doaré - Archives du Finistère - cote
Transport de fret
Carte postale Le Doaré - coll. RC
Carte postale Le Doaré - coll RC
Carte postale E. Hamon - coll RC
Carte postale Le Doaré - coll RC
Carte postale Le Doaré - coll RC
Carte postale Le Doaré - coll RC
Carte postale Le Doaré - coll RC
Photographie Le Doaré - Archives Le Doaré
Carte postale Le Doaré - coll RC
Carte postale Le Doaré - coll RC
Photographie Le Doaré - Archives Le Doaré
Photographie Le Doaré - Archives Le Doaré
Photographie Le Doaré - Archives Le Doaré
Photographie Le Doaré - Archives Le Doaré
Lignes régulières de transport de passagers depuis Brest

En parallèle de l'activité de fret, des lignes régulières de transport de passagers ont existé entre Brest et Port-Launay et Châteaulin de la fin du XIXème jusqu'aux années 1930. Des bateaux à vapeur chauffés au charbon tels le Saint-Michel, le Rapide, le Hoche, le Saint-Joseph et la Marie-Anne, assuraient le transport en faisant escale dans plusieurs ports de la rade - Le Fret, Lanvéoc, Landévennec, Le Faou - avant de remonter l'Aulne maritime et d'y déposer quelques passagers à Térénez, Trégarvan ou au Passage de Dinéault notamment. La compagnie des "Vapeurs brestois" fut la plus importante d'entr-elles au début du XXe siècle. L'ouverture en 1867 de la ligne de chemin de fer entre Châteaulin et Brest via Landerneau contribua au déclin du trafic maritime à passagers.

Extrait du blog de JP Clochon :

"En 1908, on peut lire dans le journal le « Bas-Breton » les horaires du service, un mois à l’avance. Par exemple, telle semaine : départs de Port-Launay les samedi, jeudi, mardi, à la marée, départs de Brest les mardi, jeudi, samedi, alternés.

Tarifs, de Port-Launay ou de la pointe du Couple à Brest : 1,50 franc ; de Dinéault et Trégarvan à Brest : 1,25 franc ; de Térénez et Landévennec à Brest : 1 franc.

L’escale de Landévennec s’effectue suivant le temps à Port-Maria ou à Penforn (cimetière des bateaux). Il est noté que la direction se réserve le droit de remorquage. Ceci pour avertir les passagers que le voyage pouvait durer plus longtemps, si le vapeur prenait pour remonter l’Aulne, un ou plusieurs voiliers encalminés qui ralentissait sa marche. "


Publicité pour les liaisons en bateaux à vapeur de Brest à Port-Launay
Source : Guide européen des voyageurs et du Commerce de 1841-42 - Google Livre


Carte postale Le Doaré - coll RC
Photographie Le Doaré - Archives Le Doaré
Carte postale Le Doaré - coll RC
Carte postale Le Doaré - coll RC
Carte postale Le Doaré - coll RC
Carte postale Le Doaré - coll RC

CONSTRUCTION DU CANAL - ECLUSE N°1 EN 1811

Plan de construction de l'écluse n°1 établi 1808 avant sa construction entre 1811 et 1814
à la limite entre les communes de Port-Launay et Châteaulin - Source : Archives du Finistère - cote 49J 1015 3

L'écluse n°1 construite entre 1811 et 1814 fut la première du canal de Nantes à Brest. Ce fut la première pierre posée du vaste chantier de construction du canal.
Sur le bief de Port-Launay, emplacement actuel de l'écluse n°1 qui fut déconstruite
Balisage actuel marquant le chenal vers la rive droite à l'emplacement de l'ex-sas d'écluse
Plans de construction de l'écluse n°1

Plan général de l'écluse n°1 à construire (Port-Launay et Châteaulin) - 1809

Amont de l'écluse à gauche du schéma, aval à droite - Source : Archives départementales du Finistère - cote 49J-1019-1

Profil du bajoyer de l'écluse et de la chute du déversoir, vue de la rive gauche du canal

Source : Archives départementales du Finistère - cote 49J-1019-18

Elévations, coupes en travers de l'écluse du Port-Launay. 1809

Source : Archives départementales du Finistère - cote 49J-1019-2

Profil transversal du barrage projeté au Port-Launay pour l'écluse n°1. 1813

Source : Archives départementales du Finistère - cote 49J-1019-3

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